La campagne du Démocrate et du Pays en faveur de la construction de la patinoire de Porrentruy (1972)

Dans Le Démocrate du 22 juin 1972, le rédacteur en chef Charles-René Beuchat, sous le pseudonyme de « Pinocchio », se félicite du travail effectué par les journalistes jurassiens en vue de la construction d’une patinoire à Porrentruy : « En apprenant que le projet de patinoire ajoulote et couverte du Voyeboeuf allait être réalisé, la rédaction […] a éprouvé un sentiment de fierté. Cette patinoire est un peu son œuvre […]. » Depuis des mois, les rédactions des deux quotidiens de la région – Le Démocrate, libéral-radical, à Delémont, et Le Pays, catholique-conservateur et séparatiste, à Porrentruy – avaient allié leurs forces pour soutenir le projet de patinoire couverte au lieu-dit le Voyeboeuf, publiant chacun plus de deux mille lignes sur le sujet. Dans une période où le Jura achève une nouvelle étape de son processus d’autodétermination, cet intérêt des journaux pour un tel projet questionne à la fois le rôle de la presse locale dans la vie politique d’une région, mais aussi celui du sport dans les colonnes de ces quotidiens.

Les questions qui ont guidé ce travail sont les suivantes : pourquoi et comment la presse locale s’est-elle saisie du projet de la patinoire de Porrentruy et comment l’a-t-elle traité dans ses colonnes durant la campagne de souscription d’actions, soit entre mars et juin 1972 ? De quels stratagèmes a-t-elle usé pour convaincre la population, mais aussi l’industrie régionale ? Comment cet exemple permet-il de mieux comprendre les liens qui unissent une petite région et sa presse ?

La presse jurassienne a ainsi participé à ériger le sport en un objet politique pour la région

Ce qui ressort aussi de cette courte analyse, c’est le poids très important de l’industrie régionale – et de son réseau politique – non seulement dans la route vers la construction de la patinoire, mais également dans la campagne de presse qui l’a accompagnée. Sans cesse sa responsabilité sociale y est rappelée, plus encore que celle des pouvoirs publics. Cela reflète certes la position de certains industriels dans ces tractations et avant tout celle de son instigateur, Charly Corbat, qui a donné le ton de la campagne. Mais elle dit aussi quelque chose des représentations des journalistes concernés et des rédactions, et des enjeux politiques locaux qui se trouvent au cœur de ces processus. En effet, durant toute cette campagne, les articles au sujet de la patinoire n’ont pas été publiés dans les rubriques sportives des journaux mais ont été placés au cœur de l’actualité bruntrutaine et régionale. Paradoxalement, malgré son entreprise visant à dépolitiser le dossier de la patinoire, la presse jurassienne a ainsi participé à ériger le sport en un objet politique pour la région.

Article complet: https://serval.unil.ch/fr/notice/serval:BIB_63DEE6B60A30

Histoire du HC Ajoie: sortie cet automne

Avec mon collègue et ami Jérôme Berthoud, docteur en sociologie de l’Université de Lausanne, nous publierons cet automne aux éditions D+P (Delémont) l’ouvrage HC Ajoie: une histoire sportive, économique et politique d’un club jurassien (1973-2020). Ci-après le résumé de l’ouvrage figurant dans la brochure publicitaire:

Après un demi-siècle d’existence, il est un club très en vue dans le hockey suisse. Entre son titre de champion de Ligue nationale B en 2016 et sa victoire lors de la finale de Coupe suisse en février 2020 face à Davos, le Hockey Club Ajoie (HCA) a aujourd’hui acquis un respect indéniable chez les autres clubs suisses et leurs dirigeants, dans la presse et au sein de la population. On dit bien volontiers de lui qu’il est en quelque sorte David qui défie sans crainte Goliath lorsque celui-ci se dresse sur son chemin.

Dans leur ouvrage, l’historien Quentin Tonnerre et le sociologue Jérôme Berthoud, tous deux Jurassiens et spécialistes des questions sportives, ont souhaité dépasser ces poncifs pour faire découvrir le HC Ajoie sous un nouveau jour. Ils ont recoupé une multitude de sources archivistiques, de coupures presse et d’entretiens avec des acteurs clés de la vie du club pour reconstituer des bribes de cette histoire. Loin d’envisager cet objet par ses seuls enjeux sportifs, ce livre a une ambition plus globale en abordant également de front des thèmes politiques et économiques, et propose de questionner l’histoire du HCA comme l’on appréhenderait n’importe quel autre sujet culturel.

Le lecteur n’y trouvera pas une somme de statistiques, de résultats et des listes exhaustives. Ce qu’il y trouvera, c’est un petit bout de Jura

Sa structure est divisée en cinq chapitres. Dans un premier temps, et en sus d’un retour sur les intrigues ayant accompagné la campagne pour la rénovation de nouvelles infrastructures ces dernières années, le lecteur se retrouve plongé dans la construction de la patinoire du Voyeboeuf, à Porrentruy, au début des années 1970. C’est également à cette période qu’est créé le HCA puisque le club voit le jour en 1973. Ces événements se déroulant à la veille d’un plébiscite sur l’autonomie du canton, les auteurs ne pouvaient faire l’économie d’un chapitre s’attardant sur la question jurassienne. Le club représente-t-il la réussite d’un canton, celle que le Jura politique n’a pas pu encore achever ? On y découvre un HCA au cœur des enjeux politiques qui animent alors la région et qui a été pensé, au fil du temps, comme un outil de promotion pour le dernier-né des cantons suisses. Il est également parfois question d’argent dans cet ouvrage. C’est l’objet d’une troisième partie qui revient sur les liens du club avec l’industrie du tabac, les périodes financièrement difficiles et une stabilité actuelle retrouvée, mais fragile. Le quatrième chapitre est consacré à la professionnalisation du club, aux étapes importantes qui ont transformé une équipe composée de joyeux amateurs en un des clubs phares de Suisse romande. Enfin, dans une ultime partie, les auteurs évoquent évidemment les principaux faits d’armes sportifs du club, en particulier les ascensions, derbies et titres, qui ont contribué à façonner l’imaginaire collectif des habitants de la région.

Ce livre a été pensé pour marier au mieux la rigueur scientifique à une écriture et un format qui devraient plaire à chacun : aux supporters du HCA, aux amateurs de hockey sur glace mais aussi à tous les Jurassiens qui s’intéressent à l’histoire du canton. Les auteurs et l’éditeur l’ont souhaité très imagé, bénéficiant de collaborations avec des photographes locaux qui ont su capter les moments forts de l’histoire du club. Le lecteur n’y trouvera pas une somme de statistiques, de résultats et des listes exhaustives. Ce qu’il y trouvera, c’est un petit bout de Jura.

Diplomatie suisse et chronométrage sportif (1964-1970)

En 2019, j’ai publié dans la revue Relations internationales un article intitulé « « Une question de prestige dans le domaine international de l’industrie horlogère ». Diplomatie suisse et chronométrage sportif (1964-1970) ».

Ici le lien vers l’article sur le site de la revue (disponible en français et en anglais): https://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2019-1-page-129.htm

En Open Access sur le dépôt institutionnel numérique de l’Université de Lausanne: https://serval.unil.ch/fr/notice/serval:BIB_67D662A20E52

Résumé:
Après la Seconde Guerre mondiale, l’intensification de la concurrence entre les entreprises horlogères les conduit notamment à investir dans le domaine du chronométrage sportif à des fins publicitaires. Ainsi, à partir des Jeux olympiques de Tokyo en 1964, l’entreprise japonaise Seiko va peu à peu mettre à mal le monopole suisse du chronométrage des compétitions internationales sportives que se partageaient jusqu’alors Omega et Longines, soutenus par les appuis dont ils disposaient dans les organisations sportives internationales. En réaction, le président de la Fédération horlogère suisse, Gérard Bauer, sollicite ses réseaux au sein de la diplomatie helvétique afin de défendre l’industrie horlogère suisse. Cette contribution retrace ainsi l’histoire d’une rivalité entre entreprises suisses doublée d’une compétition internationale dans le domaine du chronométrage sportif.

Diplomatie suisse, neutralité et sport (1919-1981)

Cette thèse en cours vise à comprendre quels sont les liens entre le sport et la diplomatie en Suisse des années 1920 aux années 1980. En cela, elle se nourrit de la littérature scientifique existante au sujet des relations internationales et de la diplomatie culturelle suisses, mais également des intérêts économiques et commerciaux servis par la politique étrangère helvétique, ou encore de l’histoire du sport suisse. De plus, elle accorde une place considérable aux travaux démontrant l’existence d’une diplomatie propre au monde du sport international, en partie indépendante de celles des Etats, mais néanmoins percutée par elles.

Les utilisations de la notion de neutralité prêtée au sport par les acteurs de cette diplomatie servent de fil rouge à cette recherche. En effet, en Suisse, tant les autorités publiques que le mouvement sportif ont de longue date fait converger dans leurs discours la neutralité diplomatique de la Confédération et la culture d’apolitisime revendiquée par les organisations sportives internationales à partir de leur création entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Cette rhétorique est d’ailleurs largement mobilisée dans les périodes diplomatiquement plus sensibles.

Inscrite dans la longue durée et articulée autour de moments historiques

Délibérément inscrite dans la longue durée et articulée autour de moments historiques, cette thèse débute dans l’entre-deux-guerres et démontre comment la diplomatie suisse s’est alors saisie du sport pour la défense de l’image du pays et celle d’intérêts économiques, toutes deux liées au tourisme. Elle met également en lumière lerôle de la Suisse et des Suisses, durant les premières années de la Seconde Guerre mondiale, dans la poursuite des relations internationales sportives, alors gérées par le Département militaire au sein de l’administration fédérale, puis dans la reprise de ces échanges dans l’après-guerre. Différents enjeux diplomatiques sont ensuite abordés : ceux liés au commerce, dans le cas du chronométrage sportif des compétitions internationales par exemple ; ou les enjeux juridiques et les longs débats au sein de l’administration fédérale en lien avec l’octroi d’un nouveau statut juridique au Comité international olympique (CIO), basé à Lausanne depuis 1915, garant de nouvelles facilitées. Ce dernier épisode va ainsi lier durablement le CIO au Département des affaires étrangères de la Confédération helvétique, dont il relève aujourd’hui.

Pour mener à bien ce travail, des sources variées sont mobilisées, issues de fonds privés, des archives d’organisations sportives suisses ou de fédérations sportives internationales. Ce sont toutefois les archives fédérales et celles du CIO qui en constituent le matériel principal.

CIO, les seigneurs des anneaux dans la tourmente

En 1998 éclate le scandale de l’attribution des JO à Salt Lake City. L’existence même du CIO est menacée. Il faut dire que, en près de vingt ans, à coups de droits télévisés et de sponsoring, le sport international s’est mué en un terrain de jeu furieusement lucratif. Un « âge d’or de la corruption ». Il va falloir se réformer, et vite. Mais à quel point?

Retrouvez l’intégralité de mon article dans L’Humanité Dimanche ici: https://applicationspub.unil.ch/interpub/noauth/php/Un/UnPers.php?PerNum=1110735&LanCode=37&menu=pub

L’influence des frères Mayer au sein du CIO (1946-1968)

Existe-t-il en Suisse, dans l’après-guerre, une diplomatie culturelle liée au sport ? Cet article aborde cette question en retraçant, par une approche en termes de biographie, le parcours de deux frères suisses au sein du Comité international olympique. S’attardant sur les enjeux commerciaux et diplomatiques, il démontre comment Albert et Otto Mayer ont usé de leur influence entre 1946 et 1968 afin de prendre le pouvoir administratif sur l’institution olympique et de servir des intérêts privés. Par leurs interactions avec la diplomatie des États et l’industrie horlogère suisse, ils ont posé les bases de ce qui devient, dès le début des années 1980, un élément important de la politique étrangère suisse: les liens constants de la Confédération avec les organisations internationales sportives présentes sur son territoire.

Article complet: https://serval.unil.ch/fr/notice/serval:BIB_F04F3B481577